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NEW BOMB TURKS !

Jim, Eric, Matt and Sam sont sur un bateau. Si personne ne tombe à l´eau, qu’est-ce qu’il reste? Un putain de concert des Turks mec ! ( tu permets que je t’appelle mec, mec?).
Pour vous remettre dans le contexte, tout ça se passe au Petit Bain, une bonne salle pour un groupe comme les New Bomb Turks. La scène fait plus de trois mètres carrés, le son est bon, ça joue bien, les classiques défilent, Eric y va de son lot de pitreries habituelles, Sam martyrise la batterie (je sais pas ce qu’elle lui a fait, mais il cogne sec…), Jim astique consciencieusement sa poêle et Matt reste peinard dans son coin, imperturbable, un peu à la Townshend… On se prend une bonne claque ! comme d’hab’ ai-je envie de dire. J’ai vu ce groupe une paire de fois sur scène, la première fois en 94 (putain ça date…) et à chaque fois, le bonheur ! Enfin, une certaine idée du bonheur pour les esgourdes.

Par Fred Rienaff • Photos Yann Schmitt & Vincent guyot

L’interview que vous allez lire ( si j’étais vous je la lirais…) a été faite avant le concert. Pour vous planter le décor, on est installé pépères sur le pont de la péniche Petit Bain, on picole gentiment, qui un spritz Aperol, qui un Pastis… Tout le groupe est là, et voilà ce qu’on s’est dit… On se retrouve à la fin de l’entrevue si tu veux bien meuf ( tu permets que je te dise meuf, meuf?) C’est parti mom kiki…

 

 

Le nom du groupe est un peu étrange il faut bien dire… il sort d’où ?
Eric : ca vient d’un film de 1980, une comédie assez débile avec Tony Danza, Robert Wuhl et Michelle Pfeiffer. Un film parmi tant d’autres sur le Spring Break. L’un des personnages principaux s’appelle Newbomb Turk. Ce nom m’est venu comme ça, un peu par hasard. Au début du groupe on cherchait un nom, évidemment. On marchait dans la rue avec Matt et j’ai balancé “New Bomb Turks”… Ça paraissait assez idiot, mais tout le monde a trouvé ça ok. On s’est dit qu’on allait le garder et voir ce que ca allait donner! Ca donne un peu une idée de l’esprit du groupe quand on s’est formé.

Et aujourd’hui, quand on entend les mots „New Bomb Turks“, vous pensez qu’on pense plutot au film, ou à votre groupe?
Eric : hahaha franchement ca dépend à qui tu parles!
Matt : Y’a plus beaucoup de gens qui se souviennent de ce film… c’est peut-être pas plus mal d’ailleurs… Mais c’est marrant, Robert Wuhl, qui joue Newbomb Turk dans ce film a parlé de nous une fois chez David Letterman. Il parlait de son rôle dans Hollywood Knights et a dit “Je crois qu’il y a un groupe Punk qui s’appelle comme ça maintenant”, ou un truc du genre, et bien sûr il est passé tout de suite à un autre sujet !
Eric : donc on peut dire qu’on a réussi ! De toute facon, si tu veux réussir, tu dois toujours piquer un truc à quelqu’un!

Le début du groupe, ça remonte a la fin des années 80, début 90?
Eric : 1990. Colombus, Ohio. On s’est rencontré à l’université.

C’était pas votre premier groupe je suppose ? Jim, tu jouais pas déjà avec Gaunt ?
Jim : non, en fait Gaunt a commencé un peu après les New Bomb Turks, même si le premier disque du groupe est un split single avec… les Turks ! Sam jouait aussi dans Gaunt, et c’est pour ca qu’il a repris naturellement la batterie après le départ de Bill, notre premier batteur. Avant les Turks j’ai chanté dans un groupe foireux, au lycée. C’est tout.
Eric : moi aussi, j’avais joué dans un groupe sans prétention au lycée. Mais on peut dire qu’avec les Turks j’ai vraiment eu le groupe dans lequel je voulais être. Jim a pris la guitare et il s’est tout de suite passé un truc.
Matt : moi aussi, juste un groupe pourri au lycée.

Vous n’aviez sans doute pas prévu que vous seriez encore là 30 ans plus tard !
Eric : Si ! On avait exactement tout prévu !
Matt : On savait qu’on serait ici ce soir ! A boire du Pastis !
Eric : En fait on a un peu commencé ca comme une blague. Je me souviens quand Crypt nous a proposé de sortir notre premier LP, on s’est dit “ok, ca va finir dans les bacs a un dollars, mais au moins on pourra dire qu’on a un disque sur Crypt Records !” À l’époque on avait déjà fait pas mal de concerts, et on commençait à jouer ailleurs que chez nous. Mais c’est quand on a fait notre première grosse tournée européenne qu’on s’est dit qu’il y avait pas mal de monde qui commençait à nous aimer. Et alors oui, on a pensé que ça pouvait durer 30 ans…

Vous avez l’impression que ca a marché assez vite ?
Matt : Je sais pas. Notre première tournée en Europe c’était en 93. Est-ce qu’on peut dire que ça a été vite?

En revanche, vous avez très vite sorti des disques. Vous avez un wagon de disques dans votre discographie !
Eric : Ça me fait marrer que tu dises un wagon ! C’est vrai qu’on a sorti beaucoup de disques jusqu’en 2003.
Sam : À partir d’un moment, les gens n’ont plus arrêté de nous demander !
Matt : Et je crois qu’on a jamais dit non !
Eric : Au début du groupe on a sorti beaucoup de singles. Mais tous les gens avec qui on jouait faisaient pareil. Gaunt a sorti plein de 45 tours, Rocket from the Crypt aussi, les Supersuckers aussi…. Ça paraissait très simple, c’était pas cher, un pote du coin te proposait de faire un disque et c’était parti.

Vous n’avez pas eu besoin de vous auto-produire alors?
Matt : Les deux premiers single sur Datapanik sont un peu auto-produits. Disons qu’on a mis un peu d’argent de côté pour faire ces disques, mais c’est un pote qui s’est occupé de tout ensuite. C’était pas vraiment notre label. Mais ensuite des labels du monde entier, littéralement, ont commencé à nous proposer de sortir des disques.

Avec tous ces disques, du coup, je suppose que vous avez du gagner plein de fric !
Matt : Hahaha bien sûr ! Non, on a gagné un peu d’argent avec les disques, mais plus tard… pas assez pour vivre de toute façon.
Eric : C’est peut-être pas la bonne comparaison mais dans les années 90, sortir un single c’était un peu comme avoir un Bandcamp aujourd’hui. Avoir un single sur un label californien, un autre à Madrid, un autre à Berlin… ça permettait de te faire connaitre et de jouer autre part que dans ta ville. C’est aussi pour ça qu’on a jamais refusé qu’un label nous sorte un single.

Tu penses que c’était plus facile de sortir un disque dans les 90s?
Eric : Je pense que c’était les dernières bonnes années pour ça…
Matt : Oui, aujourd’hui les groupes mettent leur musique en ligne. Et si tu ne le fais pas, quelqu’un le fait à ta place ! Plus besoin de sortir un single pour que quelqu’un t’écoute et en parle à ses potes. Le vinyle est à nouveau à la mode, mais c’est plus la même chose.
Eric : Ça marche un peu à l’envers maintenant, les gens écoutent la musique en ligne, et si elle leur plait ils achètent le disque. La semaine dernière j’ai encore discuté avec deux types qui ont des magasins de disques et qui voient passer des gosses de 14 ans qui veulent leur copie de Led Zep III ou IV ! Si tu peux represser ça, alors tu peux vendre le disque 30 dollars. Mais pour les nouveaux groupes, je crois que c’est beaucoup plus difficile d’écouler un disque.

Vos premiers LP ont un son plus garage, plus „lo-fi“ comme on dit chez les amateurs du genre. Ensuite ca semble plus produit. Tout ca est voulu?
Matt : Les deux albums sur Crypt sont produits par Mike Mariconda. Le studio était déjà installé quand on est arrivé pour le enregistrer le premier LP. On a rien fait d’autre que se pointer, jouer, et le son était déjà là.

Il avait déjà réfléchi au son qu’il allait vous faire?
Matt : oui, il avait apporté ses propres amplis. Mon ampli basse de l’époque était une vraie merde, il l’a tout de suite balancé !
Eric : Il avait entendu des disques de Gaunt, enregistrés avec un Twin et il aimait bien le son. Je crois qu’il a cherché un son qui nous paraissait familier. Et c’est marrant, tout le monde pense que Scared Straight, sur Epitaph, nous a coûté plus cher à enregistrer mais on dépensé moins de fric pour cet album que pour Information Highway Revisisted, le précédent sur Crypt. A partir de Scrared Straight on a voulu avoir un son un peu différent. Même si le mastering est un peu foiré sur ce 3eme LP, enfin c’est mon sentiment. Mais je suis quand même fier de tous les disques qu’on a sorti.

Je pense de toute facon que les New Bomb Turks doivent se voir sur scène. On a un peu l’impression d’une sorte de folie, de transe, mais controlée… vous êtes d’accord avec ca?
Matt : Moi j’essaie juste de pas me faire marcher dessus hahaha !
Sam : Je fonce tête baissée, je regarde pas vraiment ce qui se passe !
Eric : Après trois morceaux, je me dis que je vais pas pouvoir aller jusqu’au quatrième… mais je ne peux pas faire autrement. J’ai joué il y a quelques années dans un groupe à Brooklyn, les Livids, et je m’étais dit que j’allais essayer d’agir un peu différemment sur scène, mais dès le premier concert, je n’ai pas pu m’empêcher de remettre ça ! On joue pas vraiment une musique qui te donne envie de t’asseoir sur un tabouret hahaha!
Sam : On n’arrête pas le concert avant qu’Eric soit complètement vidé !
Eric : Tu fais bien de le dire, je suis en forme aujourd’hui, préparez-vous pour un concert de quatre heures ce soir !
Sam : Le public va jamais tenir quatre heures hahaha !

Ça a toujours été comme ca d’ailleurs? Dès les premiers concerts?
Matt : Plus ou moins, oui. Je me rappelle bien de notre tout premier concert, j’étais concentré sur le manche de la basse, et dès le premier morceau j’ai commencé à voir les pieds d’Eric qui sautaient dans tous les sens et je me suis dit “c’est quoi ce bordel” hahaha! Il arrivait pas à tenir en place, je crois que c’est une énergie assez naturelle chez lui.
Eric : J’étais censé jouer de la guitare. J’ai joué le premier morceau, et j’ai cassé une corde… non, je me souviens, j’ai arraché le jack en faisant l’idiot… du coup j’ai posé la guitare et on a continué comme ca! C’est la bonne formule je crois, on aurait pas tenu 30 ans sinon.

Vous allez contiuer à jouer sans enregistrer? Pas de nouveau disque prèvu?
Matt : Depuis 2003, il y a juste un compilation et des demos qui sont sorties. Crypt a repressé le premier LP, 20 ans après, avec une pochette gatefold. Mais c’est tout.
Eric : On ne vit plus au même endroit, alors c’est plus compliqué de composer ensemble et d’enregistrer… Pour ce qui est de jouer, tant qu’on nous propose et qu’on se fait pas chier sur scène… pourquoi arrêter ? Le public qui continue à venir nous voir à l’air d’apprécier, c’est déjà pas mal.

Pour terminer, parlons un peu du sujet qui fâche en ce moment… TRUMP ! Vous avez l’impression que son élection change pas de mal de choses, pour vous en particulier.
Eric : J’ai vu sur ta feuille que tu voulais en parler. À vrai dire c’est un peu chiant… Mais pourquoi pas…

En fait on a demandé leur avis à deux de vos compatriotes dans les numéros précédents.
Eric : Et je suppose qu’il étaient plutôt contre, non?
Sam : Nous on le trouve très cool, je pense qu’il fait un super boulot hahahaha !
Eric : hahahaha n’écris pas ca ! Remarque ce serait un titre sympa “Les New Bomb Turks soutiennent TRUMP !”

Johnny Rotten a bien dit qu’il était d’accord avec son élection !
Eric : Ah oui je sais, mais il faut tout le temps qu’il dise des conneries de toute façon. Il a dit ça en jouant au prolo, mais il a oublié de parler de sa femme qui est blindée de thunes et qui paye ses factures depuis 50 ans hahahaha.
Sam : après son élection évidemment on s’est posé des questions, est-ce qu’on devait se barrer, aller vivre en Europe. On avait eu les mêmes sentiments pendant la guerre du golf. La guerre des Bush devrais-je dire.
Eric : on voit le racisme beaucoup plus ouvertement depuis son élection, toute cette merde apparaît vraiment au grand jour. Pendant la guerre du Golf, quand on venait en Europe, où qu’on aille, il y avait toujours un crétin pour nous demander si nous aussi on était des putains de cowboys, si on avait tous des flingues à la maison… À l’époque ça m’énervait pas mal, mais aujourd’hui j’avoue que j’en ai un peu marre de me défendre, je crois qu’on se sent tous un peu déprimé.
Sam : moi je continue à défendre mon pays. Une partie de la population a voté pour ce connard, mais je crois que ce n’est pas la majorité des gens. On voit bien que la base des gens qui soutiennent à fond Trump sont minoritaires.
Eric : Moins d’un américain sur deux a voté. Et il n’est là que pour quatre ans. Mais pour le moment, il n’est pas parvenu à faire grand chose. Je pense qu’on a merdé, et peut-être que ça nous servira de leçon pour la suite… peut-être? En fait je crois qu’on a beaucoup parlé de ce clown, non ? On va foutre le blues à vos lecteurs ! Et on a un putain de concert à faire ce soir ! ✘

Effectivement, le concert qui va suivre va nous prouver que les New Bomb Turks restent en forme, et un putain de groupe de scène ! Il viennent en Europe assez régulièrement… à bon entendeur… Salut !

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