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JOHN FELICE, a real kid !

Power Pop, Garage Punk, Punk Rock, Rock and Roll…. les Real Kids étaient tout ça à la fois. Ce groupe de Boston, s’il n’a jamais connu le succès qu’il méritait , a laissé à la postérité l’un des plus grand et plus pur album de Rock and Roll produit dans les années 70, bande son idéale de n’importe quelle jeunesse mouvementée.
John Felice, leur chanteur, guitariste, songwriter est l’archétype même de l’antihéro que seule l’équation États-Unis + scène rock and roll est capable de générer. Membre original des Modern lovers, il les quitte car ils n’en prenaient pas, refusera ensuite de  rejoindre les Heartbreakers car eux en prenaient vraiment trop pour finalement monter les Real Kids au sein desquels il n’ira pas avec le dos de la petite cuillère.
Près de 40 ans après la première incarnation des Real Kids, ayant laissé derrière lui ses démons du passé, John Felice a surpris tout le monde en montant un nouveau line-up du groupe pour sortir un nouvel album «Shake… Outta control» . Le résultat est du pur Real Kids. Voix écorchée si singulière, guitares en avant, hymnes rock and roll sur chaque piste.
Pour la première fois depuis 1983, les Real Kids était en Europe à l’été 2016 et jouèrentt à Caen , à Paris et Bordeaux pour ce qui est de la France.
Real Kids don’t get old !

Par Cédric Caer

 

John, est ce vrai que mais alors pourquoi ? et maintenant où et donc ? quand et avec qui d’ailleurs ?
John Felice : Il faudrait parfois se demander comment et pourquoi les choses se passent comme elles le font et si il y a des hasards ?
Comment ma famille s’est elle retrouvée à habiter dans la maison voisine de celle des Richman, et de leur fils Jonathan, dans la banlieue de Boston, à 16 miles à l’ouest de la ville ? Jonathan avait 5 ans de plus que moi, jouait de la guitare, chantait et il connaissait le Velvet Underground. Je veux dire qu’il les connaissait personnellement, et pour moi du haut de mes 12 ans c’était la chose la plus cool qui soit.
A l’époque j’écoutais la même chose que la plupart des enfants des années 60. J’écoutais les Beatles, Stones et Kinks, ainsi que la plupart des autres groupes de la British Invasion. J’obtenais ma dose de rock and roll par la radio, et par le biais de certaines émissions de télévision, mais ils étaient en général un peu en retard à la télé.

Je me souviens avoir été fan du morceau Itchycoo Park des Small Faces, d’acheter l’album et de me rendre compte qu’il y avait tout un tas d’autres chansons géniales dessus. Et puis Jonathan me faisait découvrir beaucoup de groupes, j’ai vraiment été exposé à la musique très tôt, et j’ai grâce à lui découvert beaucoup de choses que les autres gamins de 12 ans n’écoutaient sûrement pas.
Durant une courte période en 1972, j’ai quitté les Modern Lovers et c’est à ce moment là qu’ils sont allés en Californie pour enregistrer avec Kim Fowley, pendant que j’ai dû rester à l’école. Les choses allaient sans doute un peu trop vite pour moi. Les Modern Lovers était le premier et le seul groupe dans lequel j’avais jamais joué, et tout d’un coup, nous étions en train de devenir une sorte de phénomène, j’avais besoin de prendre du temps pour ralentir les choses, je n’avais que 15 ans. J’avais juste envie de jouer dans un groupe normal avec quelques amis et de ne pas subir la pression que je ressentais avec les Modern Lovers. Quand ils sont revenus de Los Angeles, j’ai continué à jouer dans le groupe un certain temps jusqu’à ce que je quitte le groupe pour de bon en Janvier 1973.
J’ai pris cette décision suite à un concert que nous avons fait le soir du réveillon du Nouvel An en ouverture des New York Dolls au Mercer Arts Center à NY.
Après avoir fait la fête toute la nuit avec Johnny Thunders, qui était aussi le «bébé» de son groupe (s’entend le plus jeune), j’ai réalisé que les choses ne fonctionnaient pas pour moi avec les Modern Lovers. Et pour des raisons un peu longues à expliquer, j’ai annoncé au reste du groupe lors du voyage du retour vers Boston que je quittais les Modern Lovers.
J’avais commencé à écrire mes propres chansons et certaines d’entre elles me semblaient pas mal. Il était temps pour moi de monter mon propre groupe.
Je suis resté ami avec les New York Dolls et je les ai souvent vus jouer à New York, à Boston et en Nouvelle-Angleterre. J’ai beaucoup appris de Johnny Thunders en jouant avec lui à l’occasion et cela a eu une grande influence sur le son de guitare que je recherchais pour mon propre groupe. En fait, nous avons souvent évoqué la possibilité de jouer ensemble. Cela a fini par se produire plus tôt que prévu. Johnny m’appella un jour pour me dire que lui et Jerry Nolan avait quittés les New York Dolls et qu’ils voulaient que je vienne démarrer un nouveau groupe avec eux et Richard Hell.

L’ «audition» s’est d’ailleurs très très bien passée. Une répétition de folie, enfermés tous les quatres avec nos intruments dans une salle de bain avec beaucoup, beaucoup de drogue et aucun sommeil pendant 3 jours. Une fois le Lundi matin arrivé, je savais que si je restais avec ces gars là, je serais mort plus tôt que tard. Johnny Thunders était déçu quand il m’a vu remballer mon matos et partir, mais je pense qu’il a finalement compris. Lors de la deuxiéme soirée de ce weekend de folie, nous étions allés voir en concert un groupe qui s’appelait The Demons. Walter Lure était leur guitariste et ce sera finalement lui qui rejoindra les Heartbreakers à ma place. Comme quoi, dans la vie, tout fonctionne toujours pour le mieux.
Je suis retourné à Boston, j’ai commencé à écrire furieusement et quelques-unes des chansons que j’ai écris à ce moment là se sont retrouvées sur l’album Red Star. Solid Gold, My baby’s book, All Kindsa Girls …
… 1976 était une période étrange et passionnante à Boston. A New York et Londres aussi, je suppose. A New York et Londres Je peux comprendre puisque ce sont des centres névralgiques avec beaucoup de médias présents, etc… Mais à Boston il y avait aussi une vraie scène Rock and roll, qui généra des groupes qui prenaient le rock au sérieux et ne faisaient pas de concessions. C’est de là que sortiront des groupes comme DMZ, Willie Loco Alexander, les Real kids et plus tard les Lyres, Taxi Boys….
Et d’ailleurs si je devais définir la musique des Real kids, c’est comme ça que je la décrirais. Juste du Rock and Roll sincère et honnête, sans fioritures.
On faisait en fait la même chose que les rockers des années 50 et 60, mais puisque nous étions désormais dans les années 70 et jouions de manière un peu plus agressive et avec un plus gros son, cela nous a valu d’être étiqueté comme un groupe «punk». Mais personnellement, je préfère éviter les étiquettes, on faisait du R’n’R’, point.

Bien que nous jouions de bons morceaux à la fois mélodiques et agressifs, le succès commercial nous a échappé. En même temps nous n’avons jamais fait ça pour le succès. Ce qui nous intéressait surtout, c’était de partir sur la route, trouver des filles et de la drogue, et pas particulièrement dans cet ordre là. Billy Borgioli, notre guitariste sur l’album Red Star a toujours affirmé qu’il a commencé à jouer de la guitare dans un groupe juste pour pouvoir baiser et pour aucune autre raison.
J’ai ensuite monté les Taxi Boys, ce qui était juste une tentative pour essayer quelque chose de différent.
On a juste changé un peu le line up des Real kids, et j’ai opéré un changement de perspective dans mon écriture. Une progression naturelle en sorte. Lorsque cette expérience fût terminée (sans rencontrer plus de succès), les Real Kids se sont réformés et ont enregistrés «Outta Place», ce qui nous a permis de faire notre première incursion en Europe.

Avec la version de « Outta Place » sortie sur New Rose Records nous avons été enfin en mesure de planifier une tournée Européenne. Pour l’histoire, il faut savoir que le tout premier disque des Real Kids était un 45T sorti sur un label français, Sponge Records. Avec ce premier 45T, nous avions commencé à avoir quelques fans en France.
Au moment où nous sommes arrivés en Europe en 83, suite à la sortie de l’album sur New Rose, nous avions un public de taille respectable.
La tournée s’est bien passée et cela nous a permis également d’enregistrer notre troisième album, «Hit You Hard», à Bruxelles. Sur cette tournée nous avions également enregistré un album live «All Kindsa Jerks Live». Ces deux albums sortirent sur New Rose.
J’ai attendu plus de trente ans pour revenir en France, un pays qui nous a acceptés à l’époque, bien que si l’on considère le fait qu’ils ont également adoubés Jerry Lewis, il s’agit peut-être d’un honneur douteux.
Blague à part, nous avons hâte de revenir, Billy et moi-même, les deux seuls membres encore en vie du line up des Real Kids de 1983.

On est aussi contents d’aller en Angleterre. Croyez-le ou non, on n’a jamais joué au Royaume-Uni. Ce n’est pas faute d’avoir essayé, mais nous n’avons juste jamais réussi à organiser quoi que ce soit là-bas. J’espère que ce premier concert à Londres sera le premier d’une longue série.
Il y a quelques années, nous avons décidé qu’il était temps de faire un autre disque. La plupart des chansons que nous avons choisies pour l’album sont des chansons qui devaient à l’origine être sur le deuxième album de Red Star, album qui bien sûr, n’a jamais vu le jour.
Au milieu des années 80, j’avais un groupe, The Lowdowns, et nous avons enregistré un disque sur Ace of Hearts, le label du producteur Rick Harte.
Nous l’avons contacté avec les Real Kids et on a eu beaucoup de chance car Rick était disponible et il a pris le temps et mis les moyens pour que nous puissions entrer en studio et enregistrer notre album « Shake… Outta Control ».
J’ai toujours pensé, depuis que nous avions enregistré ensemble notre album «Nothing Pretty» avec les Lowdowns, que cet enregistrement aurait pu, ou aurait dû avoir un certain succès légitime et que Rick y était pour beaucoup, que son travail de producteur nous avait permis de sortir un album avec un son fabuleux.
J’ai toujours voulu retravailler avec Rick, et avoir l’opportunité de faire un disque des Real Kids avec lui était tout simplement parfait. Il nous comprend,  il me comprend, il comprend les chansons et le son que je recherche. Dés le début de l’enregistrement de « Shake… outta control », quand nous avons commencé à lancer des idées, il savait exactement où nous allions aller.
Avec l’enregistrement de cet album, nous n’avons pas cherché à reproduire le premier album sur Red Star mais bien de laisser opérer une progression naturelle, en reprenant les choses là où nous les avions laissées en 1977 tout en regardant de l’avant et en laissant le Rock and roll faire.
Je dois remercier tous les fans qui aiment l’album. Il a tardé à venir et aurait dû être fait il y a déjà bien longtemps. Entendre les vrais fans dire que cela valait le coup d’attendre toutes ces années et que l’album ne déçoit pas est très gratifiant.

Même si il y a surtout des vieux morceaux sur l’album, je n’ai pas arrêté de composer pour autant. Certaines chansons sur « Shake… outta control » étaient des compos récentes, qui ne dataient pas des années 70 ou 80. La chansons que j’ai co-écrit avec Dickie notre bassiste pour le disque sur Mary Weiss sorti sur Norton Records était un nouveau morceau.
Nous avons commencé à travailler sur notre prochain album avec Rick à la production, et nous espérons désormais continuer à sortir des disques régulièrement. J’ai un stock de chansons de côté, et même si nous continuons à sortir des nouveaux trucs, à raison d’un album par an, nous aurions toujours pleins de morceaux d’avance. Et après on laissera les fans décider si ils aiment ou pas les nouveaux morceaux. Personnellement, je pense que tout le monde sera content. Pas de surprises. Ce sont les Real Kids. C’est du Rock and Roll. Et généralement le rock and roll rend les gens heureux.
Pour être tout à fait honnête et sans vouloir paraitre nihiliste ou faire du « rocumentaire » ou quoi que ce soit de la sorte, vu la manière dont j’ai vécu ma vie, si vous m’aviez posé la question en 1979, je vous aurais répondu qu’il n’y avait aucune chance que j’arrive à 40 ans et que je serais mort bien avant.

Donc c’est vrai que quand je parle aujourd’hui à des groupes qui n’étaient même pas nés quand on a fait l’album des Lowdowns et qui me disent à quel point la musique des Real Kids est importante pour eux… et a inspiré leurs groupes…. qu’ils viennent me voir pour me donner une copie de leur groupe reprenant ‘All kindsa girls’, il n’y a rien, mais vraiment RIEN qui puisse me faire plus plaisir, cela signifie vraiment beaucoup pour moi.
Et rien ne peut me rendre plus heureux que d’être encore là en 2016. Ce n’est pas à moi de dire si j’ai obtenu la reconnaissance que je mérite. En tout cas je suis content d’avoir la chance de pouvoir continuer à mon âge de faire du rock and roll et de sortir des disques que des gens ont envie d’écouter. Je suis heureux de revenir 30 ans plus tard en Europe et de potentiellement jouer devant les enfants de ceux qui nous ont vus en 83. ✘