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CAT THE CAT, Superartist

Cat the Cat est une artiste dont l’univers est à la fois enfantin et étrange. Enfantin parce que le trait, les couleurs, les personnages semblent sortis d’un livre de coloriage des années 50. Etrange parce qu’il y a toujours quelque chose d’un peu décalé, dérangeant dans dans ses images. Des histoires de coeurs brisés, de rêves impossibles. Il se dégage de tout ça une grande fraicheur, et aussi une vraie mélancolie; Pour parler d’elle, de son travail, de tout ça, je la rencontre chez elle, à… Betton (si ça existe), pas loin de Rennes. Voici le fruit de cette entrevue. Par Fred Rienaff

Pour commencer, tu peux expliquer comment tu es devenu Cat the Cat?
Haha! A force d’étirements, d’exercices de souplesse et en mangeant beaucoup de croquettes bien sur!

Avec ton goût prononcé pour les teckels, pourquoi Cat the Cat, et pas Cat the Teckel?
Ce pseudo date de ma première “prestation” de DJ, pour une soirée rennaise il y a une quinzaine d’années. Un copain m’encourageait alors à trouver un pseudo pour l’occasion et constatant que je n’étais pas du tout inspirée, il m’a proposé celui-ci qui reprenait mon prénom et qui était facile à retenir… un peu “cat-chy” tu vois ?
Quelques années plus tard, j’ai travaillé en tant qu’illustratrice pour une maison d’édition rennaise, et celle-ci m’a demandé un pseudo pour la commercialisation de mon travail. “Cat the Cat” est revenu…
En réalité je suis très allergique aux chats, donc Cat the Teckel aurait été plus approprié. Mais maintenant c’est trop tard, ma carrière de djette internationale risquerait d’en souffrir…

Il faut bien en passer par là… Les artistes qui t’ont marqué et poussé?
Plus jeune, assurément le Symbolisme, (avec des artistes tels que Schwabe, Klimt, Odilon Redon), tout comme les Pré-Raphaelites, ainsi que W. Blake, C.D. Friedrich. La découverte de leurs oeuvres romantiques, exaltées, a été une vraie révelation! De matière plus génèrale, les grands courants picturaux du XXe siècle m’ont toujours passionné; ils sont l’expression d’un monde en perpétuelle mutation dont le rythme s’accelère de plus en plus et dans lequel l’homme tente de témoigner de la place qu’il occupe.
Plus récemment, l’excellente revue française “Hey!” a mis en lumière un grand nombre d’artistes peu ou pas représentés dans les galeries européennes ou sur le marché de l’art et qui sont extrêmement talentueux. A l’heure actuelle, je suis admirative du travail d’une grande quantité d’artistes! Mais j’ai une préference pour le travail de femmes telles que Véronique Dorey et Amandine Urruty dont la sensibilité et les interrogations me touchent particulièrement. En réalité, un millier de choses m’inspirent et me passionnent!

Je trouve que ce que tu crées est toujours à la fois naïf, presque enfantin, mais aussi un peu inquiétant. J’ai bon ?
Je crois! Il y a toujours eu cet aspect dans mon travail, j’en ai conscience mais je ne l’ai pas vraiment choisi. D’ailleurs, lors de l’un de mes premier rendez-vous professionnel à Paris (chez un éditeur de cartes d’arts) cela prenait la forme d’une critique négative : “On ne sait pas à qui votre travail s’adresse, ni vraiment aux enfants – c’est trop sombre – ni aux adultes – c’est trop naif”. J’avais repris le train pour Rennes le moral à zéro!
Par la suite, j’ai travaillé régulièrement pour la presse jeunesse mais en faisant bien attention à ne pas faire d’images trop sombres ou un mélancoliques… J’avais peur que l’on ne me recontacte plus !
Puis Tim Burton est passé par là …. Le grand public a fait connaissance avec des personnages sombres mais néanmoins attachants ! Lorsque bien plus tard, j’ai découvert le travail de Mark Ryden, Marion Peck, Todd Shorr et le Pop Surréalisme, je me suis dit que tout n’était pas perdu! Voici un courant fascinant et dont je me sens très proche bien sûr! Sa découverte à été un grand soulagement.
Etant beaucoup centrée sur mes émotions, je crois qu’il se dégage de mes images une forme de tristesse, de la mélancolie, associées à un grand appétit de vivre qui se traduit par la palette des couleurs choisies ou par des personnages amusants… il y a donc un résultat un peu antinomique.
En ce qui concerne le côté naif, cela vient du fait que je donne la place dans l’image à des animaux comme des personnages à part entière, de premier plan, comme dans les livres d’enfants par exemple. Ils jouent un rôle, ils ne sont pas là que pour un aspect décoratif… En revanche, je travaille beaucoup sur la forme et sur le traité lui-même, pour aller vers une représentation plus réaliste . J’ai pu faire beaucoup de progrès dans ce sens il y a 3 ans, en ayant beaucoup plus de temps pour peindre, quand j’ai laché mon activité à temps plein.

Tu as un parcours personnel un peu mouvementé, tu dirais que ça t’as nourri, ou ralenti ?
Les deux mon capitaine !
J’ai visiblement cherché longtemps où était ma place… Je pense que lorsque tu es guidé par tes émotions et sentiments plus que par la réflexion et la raison… tu te destines forcément à un parcours mouvementé! Après mes études aux Beaux-Arts, j’ai vécu dans différentes villes, travaillé dans différents domaines pour gagner ma vie, mon activité plastique n’étant pas assez lucrative.
Si tous ces changements te font perdre du temps dans l’exercice d’une pratique artistique et dans les progrès que tu peux accomplir, ils nourrissent également ta connaissance du monde… Je ne serais certainement pas la même sans toutes ces rencontres, ces nouveaux paysages, ces expériences qui m’ont enrichies.
J’ai certainement perdu du temps d’un coté et appris de l’autre… Et puis j’ai eu lontemps du mal à “me vendre”, à pouvoir parler de mon travail ou à en faire la promotion. C’est une qualité essentielle mais qui fait défaut à beaucoup d’artistes!

Tu as grandi et tu vis en Bretagne, tu penses que ça se voit dans ton travail ?
Je suis née à l’étranger de parents bretons, j’ai grandi aux Pays-Bas puis dans la Nièvre. Mes parents sont revenus vivre en Bretagne alors que j’avais une dizaine d’années et mon adolescence s’est passé à Rennes, ce qui est une chance. Mais je ne pense pas que l’on voit la Bretagne dans mon travail… si ?

En fait… pas vraiment non ! Tu as choisi récemment de mettre ton activité d’artiste au premier plan. Alors, c’est dur d’être artiste ?
Être artiste c’est avoir l’intime conviction que tu as quelque chose de spécial, de différent à exprimer (à tort ou à raison) et que tu dois le faire à tout prix.
Peu importe les paramètres qui t’entourent, il faut savoir rester à l’écoute de cette voix intérieure qui te guide pour continuer ton propre apprentissage, ta progression dans un monde qui tente d’imposer ses règles, son rythme et sa cadence qui vont souvent totalement à l’encontre de ceux dont tu as besoin pour travailler. Il faut donc trouver en permanence l’énergie, la patience et la confiance en soi pour résister et continuer à avancer sur sa voie. Il faut également trouver des moyens de vivre si tes revenus ne découlent pas de ton travail…. C’est là que les choses se compliquent terriblement! Et puis grandir, progresser, se trouver, tout cela aussi prend du temps. Et le temps, c’est précieux! Donc oui, c’est dur, mais c’est aussi un beau cadeau.

Parlons un peu technique. Tu exploites différents supports, c’est un choix artistique ou une nécessité économique?
Vers 17 ans, j’ai commencé à peindre sur des planches de contreplaqué que je préparais pour pouvoir y travailler à la gouache. Mais ce n’étais pas du tout pratique à transporter, haha! Pendant et après les Beaux-Arts j’ai travaillé essentiellement sur papier ce choix étant lié à une raison technique puisque je prospectais principalement dans l’édition et la publicité. C’était le support idéal pour les besoins de la reproduction. Avec le temps j’ai réalisé que j’avais de plus en plus de mal à répondre à une demande ou à me conformer à un style pour les besoin d’un client. C’était contre-productif, je me perdais en essayant de satisfaire une demande… Le caractère spécifique des personnages disparaissaient, ils devenaient trop lisses… Du coup, je suis passé à la toile et j’ai troqué la gouache contre l’acrylique. Je travaille aussi régulièrement au crayon gris, sur papier à grain, mais la peinture me manque assez rapidement!

D’ailleurs tu bosses assez vite, ou tu prends ton temps?
Tout dépend des images! Certaines “surgissent” presque spontanément, comme si elles étaient prêtes depuis longtemps. D’autres sont plus difficles à saisir, il faut travailler beaucoup plus longtemps, voire les oublier un moment pour les reprendre plus tard.
De manière génèrale je fais assez peu d’esquisses ou de croquis… J’ai besoin de me jeter à l’eau rapidement !

Pour revenir à ce problème, vivre de son art, je sais que tu as eu une boutique à Bordeaux. Tu conseillerais l’aventure, ou c’était rétropsectivement vraiment pas une bonne idée ?
Oui, “Ballroom Blitz” était une belle aventure mais qui n’a pas pu durer car les modes de consommation changent: les petits magasins ne font plus le poids face au cybermarket… et aux taxes auquelles ils sont soumis. J’ai du vendre ma boutique avant d’être en difficulté. Il faut avoir une grosse trésorerie pour pouvoir résister dans le temps et j’avais ouvert le magasin avec très peu d’argent. Mais je ne regrette pas, ça valait le coup: je suis fière d’avoir pu générer mon propre salaire pendant 4 ans dans un lieu qui me ressemblait et que les bordelais appréçiaient. Donc pourquoi pas si on a une trésorerie généreuse et surtout si le RSI (Régime Spécial des indépendants) disparait au profit d’une administration moins vorace… C’est un sujet qui me met encore très en colère!

Maintenant tu vis de ton travail, au moins en partie ?
En partie, selon les périodes, mais une activité complémentaire est de toute façon indispensable: depuis l’année dernière, je donne des cours d’anglais pour adultes le soir en semaine pour ma ville.
Je peux me permettre d’avoir une activité à temps partiel car Steve mon copain bosse à temps plein, sinon ce serait impossible… cela reste quand même une situation matériellement parfois difficile, un peu angoissante.
La situation des auteurs, illustrateurs s’est grandement précarisée depuis une quinzaine d’années…dans le domaine de l’édition ou de la bande-dessinée, c’est vraiment catastrophique. Pour tous les autres – tous modes d’expressions confondus – cela a toujours été un parcours périlleux et sans gage de réussite, on le sait dès le départ.

On parlait de Bretagne et de Rennes tout à l’heure… Tu as récemment participé à un projet autour de Marquis de Sade, tu peux expliquer ?
Poch, un artiste rennais connu pour son travail de pochoirs et de fresques murales a organisé en septembre dernier une exposition en hommage au groupe Marquis de Sade. A la quinzaine d’artistes français et belges participant au projet (Elzo Durt, Kiki Picasso, Camille Lavaud, Amandine Urruty, etc) il a demandé de choisir un morceau du groupe et de l’interpréter dans une oeuvre grand format. En parallèle, il a travaillé sur un gros bouquin également consacré au groupe et il s’est crée un tel buzz autour de l’évènement que Marquis de Sade a déciidé de se reformer et de jouer pour une date unique ! C’était donc très excitant de faire partie de cette aventure mais aussi un peu flippant: je connaissais peu la discographie / l’univers du groupe et le format était beaucoup plus grand que ceux sur lesquels je travaille d’habitude ! Mais je suis plutôt contente du tableau qui en est ressorti, il s’appelle “Wanda’s Loving Boy”. L’évènement était vraiment chouette, merci Poch!
Cette exposition m’a donné envie de continuer à travailler sur de grands formats…

Depuis cette expo, des trucs sur le gaz ?
Je fais une petite exposition à partir du 18 novembre “Au Bon Jaja”, un bar à vin à Bordeaux ! L’exposition s’appelle “Wild Things”, elle parle de nature et d’oiseaux, une source inépuisable d’inspiration. Je prépare également du stock pour la période de Noël puisque depuis 3 ans j’imprime et je décline mes images sur différents supports (bijoux, miroirs, éléments de porcelaine) que je vends en ligne ou sur des marchés de créateurs.
Bien sûr, de nouveaux tableaux se bousculent dans ma tête, dès le mois de janvier, il faudra à nouveau lutter contre l’Ennemi principal, le Temps, pour se mettre au travail. Si j’étais un personnage dans “Alice au Pays des Merveilles”, je ne serai pas le “Cheshire Cat”… je serai le lapin blanc. Merci pour cette interview !

Merci à toi Cat !

Vous pouvez retrouver l’unvers de Cat the Cat sur facebook, c’est pas compliqué à trouver :

cat the cat artwork !

Elle a aussi une boutique de vente en ligne sur Etsy, vous tapez catthecatartwork tout attaché, sinon vous allez tomber sur des posters de chat ! Alors n’hésitez pas! Support da scene !