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Speedating avec… La BUBBLEGUM MUSIC !

Nous sommes officiellement, vous et moi, des attardés ! Si vous lisez cette revue, c’est qu’à priori vous aimez des choses qui sont en principe du niveau de l’adolescence : or, qui a moins de 20 ans parmi nos lectrices/eurs ? Je ne vois pas beaucoup de mains se lever… Et au sein de notre groupuscule se trouvent des cas encore plus inquiétants (du moins du point de vue de notre Société occidentale macronisée) : ce qui va suivre va vous permettre de savoir si vous en êtes ou pas… Bref, si la Bubblegum Music (BGM) vous botte, c’est que vos goûts conviennent… pour des 8-12 ans !
Par Laurent BIGOT

S’il y a depuis bien longtemps de la musique faite spécialement pour les enfants, le concept de la BGM est de prendre la Pop du moment et de l’adapter au public pré-ado histoire qu’il sâche de quoi faire de son argent de poche en dehors des Carambars. Et là, premier avertissement : attention à la tentation kitsch ! Et à la Sunshine Pop que le filou essaiera de vous refourguer. La BGM est un phénomène commercial donc connecté à son époque : si la musique mainstream est merdique, la bubblegum suit. Ainsi dès le début des 70’s, les perles sont devenues rares dans un océan de chewing-gum parfum égoût. Le côté kitsch est apprécié de certains, et ils se jettent sur Middle of The Road (même s’il est dur de résister au charme de « Chirpy Chirpy Cheep Cheep », d’abord créé par l’ex-Four Just Men Lally Stott, puis repris partout dans le monde), sur Abba ou sur Luv, voir les Spice Giwrls quand ce n’est pas les boys bands ou Britney Spears : au secours ! Et bien sûr, la frontière avec la Sunshine pop peut sembler tout à fait aisée à franchir, mais l’une s’adresse à des pré-ados, l’autre aux jeunes romantiques. Détail important : les ballades bubblegum puent ! Pas d’exception. L’univers BGM est peuplé de groupes aux noms aussi recherchés que Rock Bottom & The Candy Kisses ou The Electric Banana, qui vous balançant des ritournelles intitulées « Candy is Dandy (But Don’t Rot Your Teeth) » ou « Groovy Baby Bubble Gum Music ». Bref, s’il est question de sucre dans le nom du groupe ou dans le titre, on peut tenter sa chance. Mais, et ce sera mon second avertissement, même s’il est excellent, « Bubble Gum » de Kim Fowley, malgré un vintage parfait (’68) n’en est pas, et vous serez souvent déçu par l’abondance de daube indigeste genre « Bobby the Flobby (Oho, Aha) » de Bourbon Family (la guimauve ne devrait pas être mélangée à la bubblegum, tous les bons nutritionnistes vous le diront). Et donc qu’est-ce que la BGM au final ? C’est une réaction régressive mais saine au Rock qui devient mature en cette fin des années 60, c’est un bras d’honneur à la génération Woodstock, c’est garder le bon côté léger de la Sunshine Pop sans tomber dans le sérieux 0% rock’n’roll des affligeants singer-songwriters. Le tout avec des paroles à priori niaises mais pleines de doubles sens.

Quelles sont les racines de la BGM ?
D’abord les chansons stupides à base d’aliments sucrés donc, genre “Yes, We Have No Bananas” du Golden Gate Orchestra (1923). Puis la Pop vocale faisant dans les aigus à la Four Seasons ou Lou Christie, ainsi que la surf ensoleillée façon Beach Boys (racines communes à la Sunshine Pop d’où la confusion possible). La British Invasion avait fourni son lot de groupes un peu infantils genre Herman’s Hermits, Freddie & The Dreamers ou Dave Dee Dozy, Beaky, Mick & Tich. Les Dreamers feront d’ailleurs un passage chez Super K, étiquette majeure du genre. Même nos punks préférés, les Troggs, balancèrent un « Hip Hip Hooray » et un « Hi Hi Hazel » dignent de figurer dans notre (pré)histoire. Aux USA, le son de Tommy James & the Shondells, de Paul Revere & The Raiders et des Monkees auront leur influence, en particulier les morceaux signés Boyce & Hart pour ces derniers.
’66-67 sont des années où la sonorité se met en place : dans les meilleurs des cas, un style pop, au tempo relevé, avec une petite touche punky : « I Want Candy » des Strangeloves, « Eeny Meeny » de The Front End, ou les deux 45s de Plebeian Rebellion (« Good Sweet Love » et la super reprise du « Lotta Lovin’ » de Gene Vincent) pointent le chemin du doigt. Les hits parades commencent à montrer des signes de régression avec des morceaux comme “Ding Dong The Witch is Dead” du Fifth Estate (#11 en juillet ’67). Ce même mois, « Little Bit O’Soul » du Music Explosion (à l’origine, un morceau relativement obscur des Little Darlings composé par le célèbre duo Carter-Lewis – mais si, mais si, remember « Let’s goooooooo, to San Franciscoooooo… » -) est #2 et c’est un peu le début officiel de notre histoire.
Jerry Kasenetz et Jeff Katz, les grands manitous de la BGM, sont tous deux originaires de Long Island, NY mais se rencontrent à l’Université d’Arizona. De retour à NYC, ils travaillent d’abord pour Cameo-Parkway puis pour Buddah. Entre temps, ils ont ce premier hit pour une autre firme légendaire, Laurie, avec « Little Bit O’Soul » par un groupe jusque là inconnu d’Ohio. Un des spécialités du duo était de prendre de vrais groupes et d’en faire des « faux » groupes. Ainsi Sir Timothy & The Royals deviennent Ohio Express, et Jekyll & The Hydes du New Jersey, 1910 Fruitgum Co.. Kasenetz-Katz (K-K) possèdent les droits sur les noms et donc en font ce qu’ils veulent, utilisant les musiciens/chanteurs qui les arrangent au moment qui les arrange, aussi bien en studio, qu’en tournée ou à la TV.
Autre stratégie essentielle : pas de hit potentiel en face B, et avoir toujours le crédit d’au moins cette face B (qui se vendra autant que la face A). On y retrouve parfois de superbes instrumentaux totalements psychés (« Dark Part of My Mind », « Rumble ’69 »…). K-K ont ainsi les droits d’une chanson d’un groupe de Brooklyn, The Rare Breed, qui a été un petit hit en ’66 (« Beg, Borrow & Steal ») et il refile à nouveau le bébé sous étiquette Ohio Express en ’67, encore un hit pour la même version ! Le premier LP d’Ohio Express contient également un enregistrement inédit – et non crédité – des Measles d’Ohio (« I Find I Think of You »), groupe sans lien avec les autres. K-K vont cumulés les hits jusqu’en ’69 : « Yummy Yummy Yummy » (#4), « Chewy Chewy » (#15) pour l’O.Express, « Simon Says » (#4), « 1.2.3.Red Light » (#5), « Indian Giver » (#5) pour 1910 Fruitgum Co., “Quick Joey Small” (#25) pour le Kasenetz-Katz Singing Orchestral Circus ou « Gimme Gimme Good Lovin’ » (#12) pour Crazy Elephant (encore un ex-garage band du New Jersey, The Livin’ End, rebaptisé). Si leurs albums sont toujours inégaux, ces tubes en tous les cas sont tous des classiques du genre, et « Quick Joey Small », leur chef d’œuvre. La liste des perles produites par la paire ne se limite pas aux hits, et s’avère impressionante : « Can’t Stop Now » (Music Explosion), « Capt. Groovy & his Bubblegum Army » (Capt. Groovy & His Bubblegum Army), « Tryin’ to get to You » (The Feathers), “(Heartless) Hertie Gertie” (Crazy Elephant), “I Got It Bad for You” (Kasenetz-Katz Super Circus), “Fee-Fi-Fo-Fum” (Hungry Tiger)… Ils font des merveilles avec deux légendes du 60’s punk : ? & The Mysterians (« Sha La La ») et surtout les Shadows Of Knight (« Run Run Billy Porter », « My Fire Department Needs a Fireman » et le classique des dancefloors, « Shake »). Ils sortent deux 45s sous leur nom (Jerry & Jeff), le médiocre “Sweet Sweet Lovin’ You” et le tubesque « Voodoo Medicine Man ». K-K ont poursuivi leur carrière au-delà de l’apogée de la BGM, et on retrouve des traces du genre sur, par exemple, le LP de Furr (leur réponse à Kiss) paru en ’77.
L’un des principaux complices de K-K fut Joey Levine. A 20 ans il chante dans The Third Rail (leur proto-BGM «Run, Run, Run » figure sur Nuggets) et compose “Try It” (hit pour les Standells, repris magnifiquement par l’Ohio Express). Levine compose, mais surtout, sera la voix la plus reconnaissable du genre (on la retrouve sur les principaux hits d’Ohio Express et sur « Quick Joey Small »). Le CV période BGM du gars est monstrueux : « Latin Shake » des Cheap Skates (’67, repris par K-K à la fois pour l’Orchestral Circus et pour Lt. Garcia’s Magic Music Box) ; « Billy’s Got a Goat » de Pattie Flabbies’ Coughed Engine (’68) ; « Oo-Poo-Pah Susie » et « You Got the Love » du Professor Morrison’s Lollipop (’68, un vrai groupe garage du Nebraska à l’origine) ; « Jamaica » et « Nightime Lady » de Bohanna (’69)… Quand Levine quitta l’équipe K-K, ils allèrent chercher Graham Gouldman en Angleterre mais malgré son passé glorieux (il a composé des classiques comme « For Your Love » pour les Yardbirds ou « Bus Stop » pour les Hollies), Gouldman n’a pas remplacé le génie de Levine, loin de là…
Autre personnage notoire qu’on retrouve dans le sillage de K-K, Jimmy Calvert qui, inspiré par le surf vocal, avait pondu deux chouettes 45 proto-BGM en ’66 sous le nom de The Cats Meow : « La La Lu » (repris chez nous par Pussy Cat) et « The House of Kicks » (Pebbles #13). En 1967, il co-écrit le proto-BGM « 1, 2, 3 & I Fell » pour The Long Island Sound, puis « Do Something to Me » pour ? & The Mysterians : ces deux morceaux furent repris ensuite par Tommy James & The Shondells. On retrouve Calvert encore sur le « You Don’t Have to » des Beeds (’68, sur le label Team, pour lequel K-K ont aussi bossé) et sur « Mistic Woman » du Mind’s Eye en ’69, parfait mélange BGM/Heavy psych.
C’est avec Bo Gentry et Ritchie Cordell que Calvert a composé « 1, 2, 3 & I Fell ». Ces deux là sortirent plus tard un excellent 45 BGM, “Stone Go-Getter/Hung Up » (’69). Gentry avait déjà son nom sur le proto « I Wish That I Could Make You Love Me » de Victor & The Spoils (’66), mais c’est Cordell qui se fait surtout remarquer avec du solide à son crédit : « Capt. Groovy & his Bubblegum Army », « Pickin’ Up Sticks » (monstreux !) et « Ah La » par le Fighter Squadron (’71) ou « Annie Get Your Yo-Yo » par les Cordells (’74, superbe pour un truc aussi tardif).
Pour en finir avec la mouvance K-K, un petit mot sur Buddah Records, le label qui signa les plus grands noms du genre (même si son premier album fut un Beefheart). Parmi leurs productions ayant fait moins de bruit dans le genre, on trouve « Bubble Gum Music » par The Rock and Roll Dubble Bubble Trading Card Co. Of Philadelphia – 19141 (’68, un projet signé des ex-Strangeloves Bob Feldman et Jerry Goldstein), « Sinbad the Sailor » de Tidal Wave (’68, produit par Elliot Chiprut qui avait bossé avec le Music Explosion) ou encore « Moonflight » de Vik Venus (’69, un disque du type break-in, ce qui consiste à raconter une histoire débile en utilisant de courts extraits de morceaux, en l’occurrence plein de tubes BGM).

Et qui d’autre ?
Maintenant, le phénomène ne s’est pas limité à la troupe K-K et il existe d’autres personalités qui ont marqué le genre de leur emprunte. Déjà, il y a le génial Johnny Cymbal (John Blair de son vrai nom, qu’il ne faut pas confondre avec le revivaliste surf instrumental). Il est né en Ecosse mais a fait toute sa carrière aux USA. Il se fait connaître en 1963 avec le doo-wopper « Mr. Bassman » (repris par Salvador chez nous). En ’68, il forme le groupe Derek qui connaît le succès avec le superbe « Cinnamon » (#11). Leur presque aussi bon « Back Door Man » suit mais ne fait que #59 en ‘69. Cymbal produit plusieurs merveilles BGM cette année là : le killer « Ode to Bubble Gum » sous son nom, « Nickels & Dimes » par The Side Show (incluant le toujours efficace papa-oo-mow-mow) et « Snowball » par American Machine.
Au côté de Cymbal, on trouve parfois Austin Roberts. Ils travaillent ensemble sur « Nickels & Dimes » et « Boo on You » (Bazooka, ’68). En ’69, Roberts signe le frénétique « Ride » de Pawnee Drive (Pebbles #12). En ’70, il sort sous son nom l’excellent « One Night Ann » aux paroles à ne pas mettre entre toutes les oreilles. Et en ’71, on le retrouve sur « C’mon & Get It / I Want Candy All The Time » de Blowtorch (super projet impliquant aussi l’ex-Knickerbockers Buddy Randell).
Impossible de ne pas mentionner Tommy Roe, qui avait commencé sa carrière discographique en ’59 avec le rocker novelty « Caveman », suivi par le hit buddyhollyesque « Sheila ». En ’66, il est #1 avec le proto-BGM « Sweet Pea », atteint son apogée avec « Dizzy » en ’69 (autre #1), et sort deux autres classiques du genre en ’70 : « Jam Up Jelly Tight » et « Stir It Up & Serve It ».

Télévision
S’adressant à un public très jeune, il n’y a rien d’étonnant à ce que la télévision ait son rôle dans notre histoire. Elle avait fait des stars de Paul Revere & The Raiders et des Monkees, et donc savait que la musique Pop avait de l’impact sur les enfants comme sur les ados. L’esprit était déjà un peu là dans les Chipmunks, dessin animé créé en ’58 (mais leur meilleur morceau étant une collaboration avec Canned Heat, pas de quoi s’exciter niveau BGM). The Beagles apparaissent en ’66 et il y a progrès niveau big beat. Mais le premier grand cartoon lié à la BGM sera The Archies avec Ron Dante et Toni Wine comme principaux chanteurs. Leurs hits furent « Bang-Shang-a-Lang », « Sugar, Sugar » et « Jingle Jangle ». Les principaux fournisseurs de dessins animés bubblegum sont Hanna & Barbera. Ils avaient créés Tom & Jerry, mais c’est avec Squiddly Diddly (’65) qu’on ajoute une touche rock’n’roll. En ’68, la paire crée The Banana Splits (mon premier contact avec le genre quand le show fut diffusé ponctuellement en France entre 1970 et 1975); en ’69, The Cattanooga Cats (avec Mike Curb, Michael Lloyd et Peggy Clinger des Clinger Sisters aux commandes pour la musique ; cette dernière a ensuite formé un duo avec Johnny Cymbal jusqu’à son décès en ’75 [mais l’album des Cats est decevant à part une chouette version de « My Girlfriend is a Witch » d’October Country]) et Scooby-Doo (encore une fois, l’esprit est là mais la musique, c’est bof) ; en ’70, c’est au tour de Josie & The Pussycats (girl power !), des Groovie Goolies (projet musical dans les mains d’Ed Fournier et de Richard Delvy des Challengers avec Dick Monda qui, fin ’66, avait sorti un 45 crédité à Daddy Dewdrop & the Sugar-Plum Sassafras Bubble Gum Band) et Harlem Globetrotters (blaxploitation avec musique mélangeant funk et BGM).

D’autres programmes fleurent bon la bubblegum (mais avec des musiques souvent décevantes) : The Brady Bunch (’69), The Partridge Family (’70, qui s’inspire de The Cowsills, un vraie famille ayant fait carrière dans la Pop music), Lancelot Link, Secret Chimp (’70, résultant d’un chouette LP, Lancelot Link & the Evolution Revolution sous la direction de Steve Hoffman, ancien du Mystic Astrologic Crystal Band), ou encore Fat Albert & the Cosby Kids (’72, encore du blaxploitation, impliquant à nouveau Ed Fournier).

Made in America
Avec tout ça, rien d’étonnant à ce que la vague BGM touche tous les Etats-Unis. Les racines sont à NYC où les projets se multiplient. Voici certains des meilleurs : « Looky Looky My Cookie’s Gone » par les Rasberry Pirates (’68, avec Kenny Young qui avait écrit le hit « Under the Boardwalk » avec un complice de Joey Levine, Artie Resnick), « Clap Your Hands » de Dusty Greyrock (’68, avec Joey Day qui avait écrit « Beg, Borrow & Steal »), « Two of a Kind » de The Huck Finn (’68, groupe post-Balloon Farm, ceux de « Question of Temperature »), « Aunt Matilda’s Double Yummy Blow Your Mind Out Brownies » du Two Dollar Question (’69, impliquant des vieux de la vieille du showbiz, Lee Pockriss et Paul Vance), « You Can’t Make Love to Yourself » du Ox-Bow Incident (’69, garage band de Brooklyn), « Sugar Lady » de Popcorn Rebellion (’69, avec Alan Dischel et de nouveau Joey Day, qui avaient écrit ensemble « Girl, You Captivate Me » pour ? & The Mysterians), « I’m Gonna Give You Good Lovin’ » et « Lady Love » de Mike Appel (’70, ex-Balloon Farm/Huck Finn, qui a écrit pour la Partridge Family et managé Bruce Springsteen), “Lover Man” de Jerome Mykietyn (’70, entièrement pompé sur “Little Bit O’Soul”, et sorti en France sous le nom de Mammoth, bizarrement la même version mais avec un chanteur différent), « Patty Cake » des Yummies (’70) et « Lickety Split » de Fist (seule parution du label Vidicom).
On l’a vu, dès le début, la BGM a été fortement implanté en Ohio. Après le Music Explosion et l’Ohio Express (deux groupes de Mansfield), les principaux furent The Lemon Pipers issus de deux garage bands d’Oxford, Ivan & The Sabres et Tony & The Bandits. Ils eurent plusieurs hits dont le #1 « Green Tambourine » (’68). Ils en firent même une version francophone pour le marché québecquois mais elle est abominable. Une autre partie d’ex-Ivan & The Sabres ont sorti un bon 45 entre sunshine pop et BGM, « Cherry Pie » sous le nom Sixth Day Creation (’69). De Dayton, la Jordan Parker Revue a pondu un chouette simple sur Sire (label des Strangeloves et, plus tard, des Ramones), « Ginger Bread Man ». Egalement d’Ohio, le Sunny Four est responsable d’un recommandable « Goodie Good Ice Cream Man » (’69).
Juste à côté, on trouve la Pennsylvanie avec au moins deux projets notables en ‘70 : The Jaggerz à Pittsburgh, qui furent #2 avec « The Rapper », et « Tasty (to Me) » par le DJ de Philadelphie Jerry « The Boss with the Hot Sauce » Blavat.
Passons au Midwest. Les Castaways de Minneapolis, qui avait eu l’un des plus gros hits garage avec « Liar, Liar », sortirent « Lavender Popcorn » en ’68. A Chicago, on trouve Bill Traut (patron de Dunwich Records où les Shadows Of Knight avaient débuté) et Jim Golden (USA Records) qui ont supervisé un groupe pour la série TV The Hardy Boys (’69-70). Leurs disques sont moyens mais j’aime bien leur « Sink or Swim » entre Hendrix et Paul Revere & The Raiders. En ’71, Messengers, groupe de Winona, Minnesota signé sur la filiale de Motown, Rare Earth, tente lui aussi un tube BGM avec « That’s the Way a Woman Is ».
La Californie était plutôt le berceau de la Sunshine Pop. Sandy Salisbury (collaborateur de Curt Boettcher) sort un bon hybride en ’69, « Do Unto Others ». Le producteur Brian Ross (Music Machine) tente lui deux fois sa chance l’année suivante avec Jefferson Lee (« Bubblegum Music ») et Fire & Ice (« Sugar Shaker », co-écrit par Lindy Blaskey issu du légendaire garage band du Nouveau Mexique, The Lavells).
Les états du Sud livrent également leur lot. A Nashville, au milieu de son imposante discographie hors sujet, Buzz Cason sort « Funky Street Band (Play it Louder) » en ’70. Jim Ford, singer-songwriter originaire du Kentucky, pond lui un chouette « Dr. Handy’s Dandy Candy » (’69). En Alabama, The Bleus (dont Duane Allman fit partie) nous offrent « Milk & Honey » (’68) sur l’un de leurs 5 singles, et le chanteur de soul Clarence Carter flirte avec le genre sur le chouette « Instant Reaction » issu de son LP Testifyin’ (’69). En Floride, les Royal Guardsmen livrent un paquet de disques liés à la BGM via une obsession pour le personnage de cartoons Snoopy. Au Texas, 1969 vit la sortie de « Shaka Shaka Na Na » du Countdown Five, du « Judy, Judy, Judy » de The Clique et de « Pepperman » d’Arnim-Hamilton (parution étrange puisque sur le label International Artists plutôt orienté underground).
Difficile de tracer l’origine de toutes les productions de genre. Voici donc une liste complémentaire de petites perles venus d’un peu partout aux USA : en ’68, « Who Wouldn’t Love to Be Loved » de Central Park (produit par Wes Farrell), « Sunshine Bay » d’East Coast Left (qui frappèrent à nouveau en ’70 avec « Get Yourself Together ») et « The Kissin’ Game » par The Licorice Schtik (produit par Milan, The Leather Boy) ; en ’69, « Love Fever » des Leer Brothers (produit par Bob Feldman), « Knock, Knock » par Boys & Girls Together (co-écrit par Gary Zekley, tout comme « Judy, Judy, Judy » de The Clique), « Toot Toot Toot » de Ganip Ganop (projet de Neil Goldberg, qui a bossé pour les Archies, et d’Howard Boggess, impliqué lui dans East Coast Left), « Da-Da-Da-Da » de Changing Colours (avec Jimmy Curtiss), « Please Don’t Touch My Body » de Cleveland Crandall, « I Like Ice Cream » des Amazing Pickles, et l’album inégal mais intéressant The Zig Zag People Take Bubble Gum Music Underground où les tubes du genre sont revus et corrigés façon acid rock ; en ’70, « No Sugar Tonight » de Steel Wool (avec sa touche hard rock) et « Namby Pamby » de Marshmello. Après ’70, la qualité se fait rare mais jetez une oreille sur la version de « Little Bit O’Soul » de Bullet (’72), et « ‘Cause We’re in Love » de The Hood (’74) sorte de BGM sous Quaalude produit chez les voisins canadiens par Terry Jacks (Chessmen/Poppy Family).

What else ?
Justement, parlons du phénomène hors Amérique. Même les Beatles y ont touché, mais sans génie (le proto- « Yellow Submarine » en ’66 et le soixante-huitard « Ob-La-Di, Ob-La-Da »). Devant le succès du genre, les européens se sont donc lancés, Britishs en tête. Avec leur goût douteux pour les groupes de cabarets, les anglais n’ont pas fait que du bon, mais il y en a. Dès ’67, Jon (un groupe), avec « So Much for Mary » (écrit par la vedette pop Chris Andrews et produit par Peter Eden – qui s’occupa de Donovan-), navigue déjà en eau BGM. Les légendaires Equals n’ont jamais cessé de flirter avec (« Softly Soflty », « Rub-a-dub-dub », « Green Light »…). Eddy Grant s’implique dans quelques sideprojects dont Sundae Times en ’68 (écoutez leur « Baby Don’t Cry »). La même année, Status Quo, avant le boogie, relifte le « Sheila » de Tommy Roe et reprend « Green Tambourine ». Fire passe du classique freak beat (« Father’s Name is Dad ») à la pure bubblegum (« Round the Gum Tree » écrit et produit par le grand Mike Berry – qui fournira un autre killer en ’71 avec « Sweetness » de Boneshaker). En ’69, Carter-Lewis frappent à nouveau avec « Aye-O » du Running Jumping Standing Still Band. The World Of Oz délivre lui “The Hum-Gum Tree” sur le label culte Deram. Le futur Alan Parson Project Eric Woolfson offre “Yes Sir… No Sir” à l’Art Movement et le style K-K y est audible. Le « She-She-Sheila » de Portrait est tout aussi recommandable. De grands noms de la Pop anglaise s’y attaquent : Mark Wirtz (« Cellophane Mary-Jane » d’Astronaut Alan & The Planets et « Hereditary Impediment » d’Happy Confusion, qui rappelle aussi les Troggs et se place en face B d’une reprise du « Yes, Sir » de Music Explosion signé Levine/Resnick) ; le duo de songwriters à succès Howard-Blaikley placent leur chouette « Alcock & Brown » de Balloon Busters sur Chess aux USA… Les futurs stars du glam The Sweet ont débuté en ’66 mais peinent à se lancer. En ’70, ils tentent via la BGM et si tous les coups ne sont pas dans la cible, ils s’en sortent pas mal sur leur reprise de « Get on the Line » des Archies (sans valoir l’original), et encore mieux avec l’ensoleillé « Funny, Funny » (’71), « Little Willy » et l’hybride glam « Wig-Wam Bam » (’72). La compilation (CD malheureusement) Round the Gum Tree donne un bon aperçu de la scène anglaise, mais surtout à base de reprises. On peut y entendre notamment les Irlandais The Real McCoy qui s’attaquent avec une relative efficacité à « Quick Joey Small » et au morceau titre. Difficile de résumer la carrière pléthorique de Jonathan King, mais ce producteur a clairement un pied dans la version anglaise de la BGM. Par contre, en pondant son « Bubblerock is Here to Stay » en ’72, il montre qu’il a à la fois raison (le genre n’a jamais disparu, il a juste perdu son goût), mais qu’il arrive trop tard pour son apogée qualitative.
En Europe continentale, c’est la RFA qui est le leader. Bien sûr, l’influence du schlager local fait que bon nombre de productions teutonnes… schlinguent. Par contre, un nombre important de production américaine du genre sont sorties en pressage allemand (peut-être même plus qu’en UK). Le boss du style là-bas est sans doute l’italien Giorgio Moroder. Il sort de nombreux 45s solos assez médiocres, mais on peut sauver le tube « Looky, Looky » (’69) et surtout le punky « Watch Your Step » (’69). Moroder a produit entre autres les amusantes versions allemandes de « Sugar Sugar » (’69 Marion) et « Chirpy Chirpy Cheep Cheep » (’71 Anthony). Tout comme ce dernier morceau, malgré une niaiserie évidente, le tube « Mademoiselle Ninette » a du charme. Il est le fait d’un groupe du Libéria installé à Hambourg, Soulful Dynamics, mais a été écrit par l’ex-bassiste des Rattles. Enfin je ne peux oublier Manfred Oberdörffer qui est derrière deux groupes BGM allemands : les Tonics et le Ten O’Clock Bubble Gum Train (le LP de ces derniers, High Bubble Gum, se tient très bien et ose le seul -?- morceau BGM ouvertement sur la cocaïne, « Sniff »). Le reste de l’Europe est moins actif sur ce front : reprise potable en Italie (en ’68, Giuliano e i Notturni refont « Simon Says ») ; au Danemark, Sir Henry s’y essaie avec l’honnête « Annie Got a Date » (’70) ; en France, les Essonnes Five offrent un amusant « Ecoutez la musique » vers ’72 (juste après le garageux « Cauchemard ») ; mais ce sont des enfants qui s’en sortent le mieux avec en Espagne le duo Cafe con Leche, « The Bubble Gum Song » (’72) et surtout le heavy « The Land of Light » (’73).

Et le reste du monde alors ?
Des reprises des tubes inévitables en Amérique Latine, spécialité de Pintura Fresca en Argentine qui reprend notamment « Shake » des Shadows Of Knight et « Looky, Looky » de Moroder. L’Australie et la Nouvelle Zélande sont un peu à la traine, mais j’ai un faible pour le quasi-reggae « Sha-La-La » des Easybeats (sur leur LP Vigil en ’68).
Si le genre a rapidement perdu son sens au début des 70’s, il a inspiré quelques groupes notables depuis, Ramones en tête (mais aussi plus récemment les Rantouls, ou Les Dirtbombs pour leux excellent album Ooey Gooey Chewy Ka-Blooey !).
En conclusion, la meilleure BGM, c’est celle qui oublie de s’adresser aux 8-12 ans avec ses paroles à double sens bouffe/sexe, ou love/sexe, qui n’abuse pas des na-na-na et autre dou-dou-dou, et qui fait remuer les fesses. Pour dix niaiseries pénibles, il y a une perle, je vous ai flêché le parcours. Je vous laisse digérer tout ça avec l’assistance technique de Youtube, et gaffe aux caries (brossage de dents obligatoire après chaque séance). ✘